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Finaliste Prix Mentor 2022


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David Siodos, Lauréat 2022

Lauréat Prix Mentor 2022

David Siodos avec le projet « Sauvage »

Perdu  dans la forêt, j'errais sans but, loin des pesantes réalités du  monde. Soudain, un bruit vint percer le silence. Un craquement incongru  qui aussitôt, me fit prendre conscience que je n'étais pas seul. Face  à moi, un homme se tenait debout. Entre défiance et questionnement, il blottissait un chat contre son pull déformé et troué. Le cheveu hirsute, il ne détournait pas le regard, ne faisait aucun mouvement, il était comme pris au piège.


Tel  un naufragé, il avait trouvé refuge au milieu du néant. Un bois, en bordure du monde civilisé, marquait sa terre d'asile. Son campement précaire, niché au cœur des arbres, était érigé comme un monument. Au mépris des institutions, sa présence semblait marquer un scepticisme vis-à-vis de notre civilisation triomphante. Comme noyé  dans sa solitude, il paraissait perdu, confus, désorienté. Mon urgence  n'était pas la sienne. Son temps n'était pas le mien. Il était d'une autre essence, d'une autre hauteur. Comme hypnotisé, je suis resté plusieurs mois à l'écouter me raconter son histoire. J'assistais, impuissant, à la noyade d'un homme qui ne maîtrisait en rien son destin. Destin, dont il ne soupçonnait pas vraiment qu'il en était le  père et l'artisan.


«  Je suis malade, je ne suis plus en mesure d'affronter le monde. Je vis  reclus ici car je fuis le regard des autres. Les gens comme moi font  peur... »

Franck, Toulouse, septembre 2020


Au delà de l'inquiétante anomie de ces existences, quel sens attribuer à ces personnes qui semblent se détourner du monde avec une sorte de  souveraineté et terrible mépris ? Que tentent d'exprimer par leurs  souffrances ces individus qui se détruisent sous nos yeux ? Ce sont ces questionnements qui ont animé nos rencontres. Je le suivais telle une  ombre, je l'écoutais. Il m'écoutait. D'une rencontre hasardeuse, il  était devenu un ami. Il souhaitait reprendre le dessus mais comme beaucoup de malades psychotiques, il avait tendance à idéaliser. La  pauvreté rend innocent. A cause du rêve surtout. Et de l'espoir.  Impératif espoir. Il faut rêver absolument. De n'importe quoi. D'autre chose et d'autre part. Rêver à n'importe quel prix. Rêver, c'est  voyager déjà... C'est partir un peu.

Rien ne me prédestinait à devenir photographe. Né d’une famille modeste, la discrétion et le labeur étaient les rouages de mon éducation. Je ne faisais pas de vagues et suivais un parcours classique sans relief. Plus tard, je débutais ma vie professionnelle mais je ne parvenais pas à m’accomplir totalement. Par hasard, la

photographie a changé ma vie. Sensible et curieux, le destin m’a ouvert les portes d’une exposition non loin de chez moi, à Toulouse. Le travail du photographe Willy Ronis était mis à l’honneur et pour la première fois dans ma vie, je me sentais parfaitement à ma place.

Lauréat Prix Mentor 2022

David Siodos avec le projet « Sauvage »

Perdu  dans la forêt, j'errais sans but, loin des pesantes réalités du  monde. Soudain, un bruit vint percer le silence. Un craquement incongru  qui aussitôt, me fit prendre conscience que je n'étais pas seul. Face  à moi, un homme se tenait debout. Entre défiance et questionnement, il blottissait un chat contre son pull déformé et troué. Le cheveu hirsute, il ne détournait pas le regard, ne faisait aucun mouvement, il était comme pris au piège.


Tel  un naufragé, il avait trouvé refuge au milieu du néant. Un bois, en bordure du monde civilisé, marquait sa terre d'asile. Son campement précaire, niché au cœur des arbres, était érigé comme un monument. Au mépris des institutions, sa présence semblait marquer un scepticisme vis-à-vis de notre civilisation triomphante. Comme noyé  dans sa solitude, il paraissait perdu, confus, désorienté. Mon urgence  n'était pas la sienne. Son temps n'était pas le mien. Il était d'une autre essence, d'une autre hauteur. Comme hypnotisé, je suis resté plusieurs mois à l'écouter me raconter son histoire. J'assistais, impuissant, à la noyade d'un homme qui ne maîtrisait en rien son destin. Destin, dont il ne soupçonnait pas vraiment qu'il en était le  père et l'artisan.


«  Je suis malade, je ne suis plus en mesure d'affronter le monde. Je vis  reclus ici car je fuis le regard des autres. Les gens comme moi font  peur... »

Franck, Toulouse, septembre 2020


Au delà de l'inquiétante anomie de ces existences, quel sens attribuer à ces personnes qui semblent se détourner du monde avec une sorte de  souveraineté et terrible mépris ? Que tentent d'exprimer par leurs  souffrances ces individus qui se détruisent sous nos yeux ? Ce sont ces questionnements qui ont animé nos rencontres. Je le suivais telle une  ombre, je l'écoutais. Il m'écoutait. D'une rencontre hasardeuse, il  était devenu un ami. Il souhaitait reprendre le dessus mais comme beaucoup de malades psychotiques, il avait tendance à idéaliser. La  pauvreté rend innocent. A cause du rêve surtout. Et de l'espoir.  Impératif espoir. Il faut rêver absolument. De n'importe quoi. D'autre chose et d'autre part. Rêver à n'importe quel prix. Rêver, c'est  voyager déjà... C'est partir un peu.

Rien ne me prédestinait à devenir photographe. Né d’une famille modeste, la discrétion et le labeur étaient les rouages de mon éducation. Je ne faisais pas de vagues et suivais un parcours classique sans relief. Plus tard, je débutais ma vie professionnelle mais je ne parvenais pas à m’accomplir totalement. Par hasard, la

photographie a changé ma vie. Sensible et curieux, le destin m’a ouvert les portes d’une exposition non loin de chez moi, à Toulouse. Le travail du photographe Willy Ronis était mis à l’honneur et pour la première fois dans ma vie, je me sentais parfaitement à ma place.

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