Session #2 ― Montpellier 2021

La Session #2 du Prix Mentor 2021 Paris était dématérialisée pour les raisons que nous connaissons tou·te·s. Les entretiens avec les sept photographes sélectionné·e·s se sont faits par visioconférence et ont été enregistrés. Les vidéos ont été envoyées aux membres du jury qui, après les avoir visionnées, se sont réunis virtuellement le 10 mai pour sélectionner deux finalistes. Nous vous encourageons à visionner les entretiens des sept candidats sur notre chaine Vimeo

Nous avons le plaisir de vous annoncer que Julie Joubert avec Mido et Nicolas Serve avec Éthanol participeront à la finale du Prix Mentor 2021, qui aura lieu à la Scam (Paris) le 9 décembre.

Nous remercions les membres du jury qui ont donné leurs temps et expertise. Pour cette session nous avons eu le plaisir d’accueillir :

 

Marie-Frédérique Hallin Directrice du Centre d'Art et de Photographie de Lectoure

Eric Sinatora Directeur du GRAPh

Peter Vass Président des Boutographies

Steven Wassenaar Photographe & Commission des Images Fixes, La Scam

Michel Le Belhomme Photographe, Administrateur - Freelens

Nous remercions aussi nos partenaires de leur soutien lors de la mutation du prix durant cette période de confinement.

© Julie Joubert Finaliste du Prix Mentor 2021 Montpellier

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© Nicolas Serve Finaliste du Prix Mentor 2021 Montpellier

Merci à tou·te·s les autres candidat·e·s qui ont participé à cette session pour la qualité de leur travail :

Camille Carbonaro Appelez moi Victoria

Guillaume Hebert Updated Landscape

Antoine Lecharny Ano Meria

Fernando Marante L’image Divergente
David Siodos En attendant le silence

FINALISTE DU JURY : JULIE JOUBERT AVEC SA SÉRIE MIDO

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J’ai rencontré Ahmed en 2017 dans un centre de réinsertion pour jeunes en difficulté. Via les réseaux sociaux, nous nous sommes retrouvés deux ans plus tard. Diminutif, surnom, pseudonyme: MIDO est un moyen de brouiller les pistes de sa trajectoire incertaine. Se présentant sous différentes identités au fil de ses rencontres, Ahmed se cache autant qu’il a l’envie d’être découvert. A travers un parcours de vie chaotique ponctué d’éléments douloureux, il survit avec le rêve de devenir modèle. Sa grande fragilité, son caractère autodestructeur ainsi que sa capacité à se dévoiler m’ont tout de suite convaincue de la nécessité de le suivre dans son quotidien sur une durée indéterminée. Le rencontrant régulièrement dans le quartier de Marx Dormoy à Paris, je l’observais fascinée par son caractère instable et son insouciance. De cette rencontre est née l’envie de mettre en lumière cette jeunesse livrée à elle-même, totalement inadaptée face à notre société.

 

Picturales, les images très nettes prises au reflex numérique transposent Ahmed dans une dimension fantasmée. Les temps de pose sont lents, Ahmed joue avec sa propre image et adopte des postures de modèle. Celles réalisées au jetable sont prises sur le vif, dans la précipitation. La dureté du flash, le manque de netteté et le grain de l’image rendent possible l’apparition de failles, de ratés. Cette alternance de prise de vue a pour but d’expérimenter les degrés de contrôle de l’image en résonance avec le caractère mouvant de la vie d’Ahmed. Menacé d’expulsion puis incarcéré à la prison de la Santé, le projet continue sous de nouvelles formes d’écritures. En effet, malgré son absence, Ahmed et moi sommes restés en contact. Des photographies à la volée que j’ai prises au parloir du Centre de Rétention Administrative aux images qu’Ahmed a pu m’envoyer de sa cellule en prison, l’image pixellisée des vieux téléphones portables s’est imposée comme le moyen de restituer ce contexte. La fragilité de l’image basse définition coïncide alors avec la perte progressive de liberté.

 

Libéré en juillet 2020, Ahmed a de nouveau été incarcéré à la prison de Fresnes dix jours après sa libération.

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FINALISTE DU JURY : NICOLAS SERVE AVEC SA SÉRIE ETHANOL

Photographe diplômée de l’École des Arts Décoratifs de Paris née en 1989 à Paris, Julie Joubert s’approprie des thématiques sociales afin de rendre visibles ceux qui sont continuellement mis à l’écart. A la lisière du documentaire, ses photographies invitent le spectateur à modifier la perception qu’il peut avoir de ces individus à travers la sublimation de ces visages et de ces corps. Tout en maintenant une certaine distance, elle cherche à mettre en lumière l’authenticité et la singularité de ses sujets. A travers des images dépouillées de tout artifice, elle questionne le rapport à l’Autre et sa représentation. L’aspect documentaire de son travail écarte toute anecdote pour restituer l’essentiel: la fragilité de la présence humaine.

Son travail a été présenté lors de différentes expositions en France: les Magasins généraux à Pantin, la Galerie Houg à Paris ou encore lors du festival l’Image Satellite à Nice. Elle est lauréate du Prix Caisse d’Epargne 2020 et finaliste de la première édition du Prix Caritas Photo Sociale 2020 présidé par agnès b. Son projet MIDO sera exposé en 2021 à la galerie agnès b. à Paris, au festival Les Boutographies à Montpellier ainsi qu’à la galerie Julio Artist - run Space à Paris. Ce travail fera également l’objet d’un livre chez KAHL EDITIONS cette année.

C’est en m’enivrant de tous les fonds de bouteilles que j’avais disséminés ça et là dans l’appartement familial que je m’étais donné le courage d’affronter cette journée. J’y étais préparé, cela faisait des mois que la date était fixée. Elle paraissait lointaine, indistincte, comme un vague mirage qui n’arriverait de toute façon jamais. Mais ce jour est arrivé, ce 9 janvier 2019, une journée magnifique au froid sec et au soleil si dur qu’il révélait mon état d’ébriété dans toute sa violence et sa cruauté. Ce 9 janvier 2019, c’est titubant que je pousse la porte d’entrée de cette clinique qui sera mon refuge pour les trois semaines à venir.

À l’heure où j’écris ces mots, voilà plus de deux ans que je n’ai pas touché à une goutte d’alcool, cette drogue dure dont la dépendance, une fois installée, est plus forte encore qu’à l’héroïne. Ce doux poison que l’on peut se procurer à chaque coin de rue, dans chaque bistrot ou chaque épicerie. J’ai sombré peu à peu dans cette addiction et, dans un élan de lucidité, ai eu le courage de me prendre en main, avant que la dépendance ne s’installe définitivement.

Ce journal intime composé d’impressions, d’instantanés, de formes plus ou moins abstraites traduit un état d’être ambivalent, entre force et fragilité, entre fierté et honte, un univers où les tentations sont telles des bêtes sauvages tapies dans l’ombre et prêtes à vous sauter à la gorge. Le manque est là, plus ou moins gérable d’un jour à l’autre, comblé par une batterie de médicaments dont il est tout aussi difficile de se départir.

Au fil de ces images, une question reste en suspens, vais-je reboire un jour, ou bien choisirais-je l’abstinence jusqu’à ce que mort s’en suive ? Aujourd’hui encore je m’interroge. L’arrêt de l’alcool transforme une vie. Le rapport au monde, à son corps, aux autres et au temps n’est plus le même : toute la structure de l’existence est ébranlée et trouver un moyen de combler le vide laissé n’est pas chose aisée. Ce qui a motivé ce geste tient en un mot : « alcool » qui, en arabe, peut être traduit par « le menteur » ou bien « le voile ». J’ai fait le choix de lever ce voile.

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En 2014, je réalise une enquête photographique sur la résurgence des bidonvilles de banlieue parisienne, soixante ans après que les premiers immigrés venus d’Algérie se soient installés dans ces baraquements insalubres où les Roms ont désormais pris leur place. Ce travail marque le début d’un intérêt croissant pour la place de l’image dans la mémoire collective.

Après avoir assidûment couvert l'élection présidentielle de 2017 pour divers titres de presse, j'entame des projets documentaires à propos de l’impact du climat et de la géographie sur la spiritualité et la foi des populations. Ces travaux m’ont emmené aux États-Unis mais également en Corse et sont enrichis de son, de vidéo et de texte.

Mon parcours de vie m’a également amené à travailler sur une série plus personnelle. Le 9 janvier 2019, je suis entré en cure de désintoxication pour me séparer de l’alcool qui prenait une place démesurée dans ma vie. Éthanol raconte cet épisode de ma vie au travers d’images prises sur le vif, à l’instinct, dans une narration où brutalité et intimité se mêlent pour créer un univers à la frontière du rêve et du vécu. Ce travail a fait l’objet d’une exposition lors de l’édition 2020 du festival Circulation(s).

Alors que ma pratique de la photographie se développe, je tends vers une esthétique où l'intime se mélange au documentaire pour créer le récit le plus immersif possible et proposer ainsi au spectateur une vision certes parcellaire, tronquée de la réalité, mais dans une approche honnête et sans fard où l'imaginaire rejoint le réel.

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